Ascenseur Lacerda

Couper ! On la refait !

Salvador, BRESIL

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Ça y est, tu es à Salvador, enfin ! Tu es arrivé dans l’après-midi et tu t’es précipité au centre historique. Il paraît que le coucher de soleil depuis l’ascenseur Lacerda est à ne pas rater. Tu y seras pile à ce moment-là, quelle chance ! Mais en attendant que le soleil daigne se coucher, tu te balades. 

Tu découvres ainsi la vieille ville avec toutes ses couleurs, toutes ses maisons plus vives les unes que les autres. Y-a-t-il vraiment des gens qui vivent là ? Si tu devais créer et inventer une ville tu la ferais de même. C’est tellement plus beau d’avoir des maisons ni tout à fait pareilles ni tout à fait autres, d’avoir des maisons de plusieurs couleurs intenses et vives comme cela. C’est gai, c’est apaisant. Comment peut-on être malheureux ici ? Que ce soit de jour ou de nuit c’est magnifique. Et au milieu des couleurs il ne peut y avoir de danger ou de malheur. 

Tu viens de sortir d’une maison où tu as écouté pendant une heure une répétition de carnaval. Te voici de nouveau dans la rue, la musique au premier étage s’est tue. Tu continues ton avancée dans cette ville où tu n’as ni carte, ni destination. Le plaisir de marcher sans but, de flâner à l’étranger. Baudelaire aurait-il été jaloux ?

Tu entends de nouveau de la musique. Le rythme est beaucoup plus vif et puissant. Au hasard et suivant le bruit tu te retrouves face à une troupe féminine de tambours qui se déchaine dans la rue. Toutes vêtues de rouge et de jaune, dansant, magnifiques. Un rythme de tambours endiablés qui te pénètre entièrement, qui fait vibrer tes muscles et ta peau, un rythme qui te rendra sûrement sourd mais que tu ne peux quitter. Le Brésil, le vrai ! Quelle chance ! Autour d’elles des voyageurs, des touristes. Des locaux ? Je ne pense pas. Y-a-t-il vraiment des locaux ici ? Tout semble trop parfait, voire un peu faux. Tu profites cependant du mieux que tu peux. Que tu aurais aimé ne pas être pudique, ne pas être timide alors, et balancer ton ego pour danser avec elles comme un fou, te laisser être emporté par le rythme, laisser tes membres et ton corps libres de toute réflexion ! Laisser le son et les résonances t’envahir, te contrôler, et faire de ton corps un pantin soumis aux vibrations… 

 

La foule te porte vers la place. Regardant le ciel tu t’aperçois que le soleil est déjà descendu. Vite ! Il ne faut pas rater le coucher de soleil ! Tu te dépêches alors pour arriver au point de vue que tu t’es donné, en arrivant plus tôt dans la journée. En route tu tombes sur une vendeuse de pop-corn. Ce n’est pas la première fois que tu en vois, ce doit être assez culturel ici. Et puis zut ! j’ai un peu faim et je veux des pop-corn ! Tu prends donc un sachet avec de la sauce pimentée (tu avais aussi envie de piment) et tu cours vers l’ascenseur Lacerda. Et là, toi, face au port et à la mer, tu as raté le coucher de soleil. 

 

Tout ce que tu viens de voir, de sentir, d’entendre jusqu’à présent, te donnes l’impression d’avoir été dans un film. La ville semble être un décor, derrière lequel on verrait les structures en bois si l’on en faisait le tour, et tout semble avoir été programmé pour t’offrir le meilleur souvenir de cette ville : la répétition de Carnaval inattendue, le groupe de tambours dans la rue, et l’ambiance générale. Oui, c’est ça, tu es dans un film, à Hollywood, dans leurs immenses studios. Tu as même acheté le pop-corn pour regarder le film tout en y participant. Les personnes autour de toi sont toutes des figurants, car personne ne vit ici, et les autres sont des acteurs. Une sorte de Truman Show rien que pour toi, ici. Et tu viens de rater le coucher de soleil. Coupez ! On peut la refaire s’il vous plait ? On remet tous les figurants en place, on enlève la famille qui m’est passée devant à la roulotte de pop-corn et qui m’a fait perdre les dix précieuses minutes du coucher de soleil, et on recommence. Où est le réalisateur ? S’il vous plait ? Vous ne pouvez pas tout prévoir pour moi comme ça, avoir peint toutes les maisons, avoir engagé autant de danseurs et de musiciens pour bousiller la fin comme ça ! Il me faut le coucher de soleil. Oh ! Où est le producteur ? Où est l’équipe ? Eh oh !

Mais non, ce n’était pas un tournage. Et la seule caméra présente était ton regard.