Bologne

Divine Sainteté

Bologne, ITALIE

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Pour ton deuxième jour à Bologne tu choisis de prendre une carte et de suivre le parcours touristique que la ville propose. Il te permet de faire le tour de la vieille ville et de visiter les meilleurs endroits : églises, musées, maisons d’artistes, etc. Pratique et agréable sous le soleil. Le temps de l’errance a fini la veille, vient celui de la recherche active. Mais il y a de ces choses que les cartes ou les villes ne te disent pas. Il y a de ces choses que seul le hasard peut t’offrir…

 

Alors que vous marchez tu aperçois une petite église, coincée entre des bâtiments de même taille et de même couleur. Tu décides d’entrer. Elle n’est pas répertoriée sur ta carte. Tu choisis d’y entrer tout simplement parce qu’elle est là au moment où tu y es, et que sa porte est ouverte. Une petite église, perdue dans la rue et dans la trop forte lumière du jour. L’édifice a ce tu-ne-sais-quoi d’accueillant et d’intriguant, pas très grand, de pierre blanche et propre, ne semblant qu’en deux dimensions comme un décor de théâtre ou de cinéma. Et c’est pourquoi tu pénètres dedans.

L’intérieur est bien plus grand que ce que tu n’imaginais de l’extérieur. A la fois plus large et plus long, une église qui semble se faire voleuse d’espace, qui semble en créer là-même où la ville se dispute et s’entasse. Il n’y a personne. Seuls les bancs en bois alignés qui attendent qu’un pieu vienne s’y asseoir. De vieux bancs hurlant de douleur et d’arthrose, prêts à s’affaisser, se briser et abandonner tout soutien au premier qui viendrait s’y poser. Des bancs d’un autre âge, sans aucun grain de poussière, encore brillants et sympathiques, dégageant du respect et de l’admiration. Ils ont l’odeur du chêne frais et puissant, une odeur mélangée à l’âpreté du vernis en déclin, suivie de la force subtile et évanescente des centaines de parfums qui vinrent ici, en visite ou en dévotion. Et au moment même où tu passes la porte, au moment même où le jour, pourtant si lumineux dans la rue, devient sombre et frais à l’intérieur, Jésus s’illumine.

Un rayon de soleil venu d’une ouverture sur la droite, tout en haut, entre les vitraux, qui se met à éclairer la croix, en plein centre de l’église. Une ligne de lumière, traversant l’espace et le vide pour saluer la statue sacrifiée. Une croix si grande et si majestueuse, dans le fond, pile en face de toi, protégée et bénie par l’architecture en voûte qui, à tes yeux, se poursuit progressivement pour finir en sphère. L’intérieur, très sombre et poussiéreux, met bien en avant et en contraste ce rayon de lumière venant caresser la joue du Christ. Il n’y a aucun bruit et pourtant tu jurerais entendre une symphonie jouée par l’orgue caché quelque part derrière toi. A vrai dire tu ne sais même pas s’il y a vraiment un orgue, tu ne regardes pas dans cette direction, tu ne peux et ne veux pas tourner la tête. Tu ne vois que ce rayon de lumière, tu n’entends que cette musique sacrée, un peu clichée mais si bien trouvée… Tout le reste est plongé dans le noir et le silence. Tu ne vois plus que cette ligne d’un jaune pâle scintillant et les particules de vieille poussière sainte qui volent autour. L’architecture est forcément parfaitement pensée et ce genre de luminosité tout à fait voulu, mais quelle chance y-avait-il pour que tu puisses le voir ? pour que tu arrives pile au bon moment ? Une lumière divine qui te souhaite la bienvenue. Et ça te semble faux. Si faux… Comme si quelqu’un venait d’allumer un projecteur, pour toi, juste derrière le mur - de pierre ou de carton, tu doutes maintenant - pour que tu te sentes unique, pour que tu te sentes divin et saint. Car c’est exactement ce que tu ressens à ce moment là : de la sainteté. Dieu te dit « mon fils ». Et alors même que tu n’es ni pratiquant, ni même croyant, tu te sens l’envie de prier. D’un coup ton âme se spiritualise, se théologise. Ce trait de lumière porte la Vérité, l’existence d’un Dieu, juste pour un instant.

 

Car après quelques minutes, lorsque le faisceau disparait, tu ne ressens plus du tout cela, tu as même oublié ton envie de prier et de sentir Dieu. Et tu ressors de l’église, content d’avoir pu assister à un spectacle de jeu et lumière gratuit offert par la ville de Bologne et par Dieu.