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L'Averse de Batman

Sao Paulo, BRESIL

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Les Aventureurs

Premier jour à Sao Paulo. 

 

Ta passivité contemplative s’est mise en pause et tu débordes d’énergie. Tu es très enthousiaste : tu attends cette ville depuis longtemps. 

 

Sao Paulo, une des plus grandes villes du Brésil, une des plus connues. Enfin ! 

Tu as hâte de vivre des choses incroyables pour pouvoir les raconter.

 

Tu viens dans cette ville avec une amie, sa sœur et son copain, et des amis à eux, et vous décidez ensemble d’aller faire un tour au Beco do Batman, cette fameuse ruelle dans laquelle des dizaines de street artist incroyables viennent peindre les murs. Tu traverses donc le quartier, lui aussi couvert de peintures murales majestueuses et colorées, et tu descends les rues pavées peu empruntées, sous ce ciel gris et cet air moite. Quelques personnes – sont-elles des touristes ? – sont également venues prendre des clichés photographiques. Plein d’entrain et d’ardeur tu sors également ton appareil pour immortaliser ces œuvres éphémères vouées à être recouvertes, ainsi que pour capturer les visages de ceux que tu viens de rencontrer et avec qui tu rigoles déjà. Puis chacun à votre tour vous passez devant l’objectif, devant ce grand mur peint dans les tons bleus, cosmique et océanique à la fois, tacheté et strié de blanc, d’écume et d’étoiles. Et pendant que vous vous perdez dans ce bleu, dans ce roi électrique et liquide, le ciel se désagrège. Les premières gouttes se font ressentir. Vous tentez en vain de vous protéger de la pluie qui commence – tout le monde est en habits d’été –, mais dans cette ruelle les murs n’ont pas de toit. Tu ne veux pas partir car tu n’as pas encore tout vu - et puis tu peux bien attendre quelques minutes que la pluie cesse…

La pluie s’intensifie.

Le mur contre lequel vous vous étiez blottis ne suffit plus à couper le vent portant les gouttes. D’un élan vous vous mettez alors à courir. Vers où ? Il n’y a nulle part où s’abriter. Au milieu de la ruelle, sur une sorte de place, un arbre. Le voilà l’abri, le gardien de sécheresse et de chaleur ! Vous courez sous ses bras. D’autres personnes sont là.

 

C’est l’averse.

 

L’arbre ne suffit plus à te protéger. Un filet d’eau continu glisse sur ta nuque et te suit où que tu ailles. La place sur laquelle tu te trouves, espérant bêtement que la pluie s’arrête bientôt, commence à se remplir. Rappelle-toi ! Tu es descendu pour venir ici. La rue en face s’est changée en torrent. Des litres et des litres d’eau sale et grise se déversent sur les pavés. Une moto courageuse tenant sur sa béquille résiste. A chaque instant tu la sens s’évanouir et sombrer dans les flots. La roue avant se prend toute la force du courant. La place n’est plus qu’une immense piscine. Pour sortir tu es obligé de la traverser. Car là où tu es tu es bloqué, pris au piège par cette pluie estivale qui n’a visiblement pas fini de pleurer. L’arbre ne te sert plus de toit, il a déserté son rôle. Tes vêtements sont imprégnés d’eau, de poussière et de terre, tu grelottes évidemment car la température a chuté, mais tu ris. Tu ris car tu n’y peux rien, car tous ceux autour de toi sont dans la même situation et se regardent, crédules et amusés, n’osant bouger et pourtant incertains de vouloir rester. Tu ris car tu t’entêtes à vouloir faire de l’arbre un héros, car tu confonds les gouttes qui s’écoulent sur ton dos avec des araignées, car tout le monde est trempé. Tu ris car l’homme est ridicule face à la nature, face à de simples gouttes d’eau venues du ciel. Comprenant tout tu sors alors de ta cachette, tu assumes la situation, tu assumes ta petitesse. On te regarde de travers, on te regarde en souriant : n’est-ce pas folie de se mettre ainsi sous la pluie ? On pourrait en être mouillé… Et tu les regardes, imbécile, car ce sont eux les sots ! La situation est tout à fait absurde et drôle. Qu’il fait bon d’être sous l’eau et de pouvoir nager tout en respirant ! Qu’il fait bon de sauter dans les flaques, de sauter dans cette piscine géante sans que cela importe, d’avoir les chaussures remplies d’eau, de les sentir suinter et couiner à chacun de tes pas et s’imaginer que des petits poissons rouges sont venus s’y glisser ! Qu’il fait bon d’être enfantin, de courir impunément la bouche ouverte, de sentir les énormes perles s’exploser sur ton visage. 

Qu’il fait bon de saisir que tout n’est qu’une expérience qu’il faut savoir vivre et apprécier.

Qu’il fait bon de comprendre que la simple action de la pluie, à cet instant, n’est que de te mouiller…