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La Robe rouge

Bologne, ITALIE

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Tu te balades dans les rues de Bologne, en Italie, avec ton amie ; c’est ton dernier jour, et ce soir-là tu vas dormir à l’aéroport. Tu te promènes une dernière fois dans la ville, au hasard et sans but, ne cherchant rien de particulier à faire ou à voir. Tu te laisses porter, par tes jambes, la chaleur, la mélancolie et peut-être aussi un peu l’ennui… Il n’y a pas grand chose à visiter en fait...

Tu connais un peu le centre maintenant, cela fait 3 jours que tu l’arpentes de long en large. Tu n’es pas encore passé par toutes les ruelles, mais tu en es près. Soudain tu entends de la musique. Généralement la musique t’attire. Il se passe forcément quelque chose de joyeux et de spécial. Tu te laisses alors happer par les notes et le rythme. Et tu te retrouves devant une brasserie où un petit groupe de quinquagénaires se produit devant les clients. Au début tu rigoles et tu te moques : c’est pire que les fêtes de villages, c’est un peu ridicule et mal chanté. Mais vous vous asseyez, pour écouter : vous n’avez rien de bien mieux à faire. Et puis ce sont souvent les chants les plus ridicules qui nous font passer le meilleur moment, car on les connaît par cœur et qu’on les chante à tue-tête sans se soucier de la justesse ou des regards.

 

Et c’est à ce moment-là qu’elle se lève et qu’elle se met à danser.

 

Cette femme aux cheveux très noirs, environ soixante ans, portant une robe rouge des plus vives que tu n’aies jamais vue, assortie à son rouge à lèvres, à son collier de grosses perles et aux chaises en plastique de la terrasse du bar. Elle se lève et se met à danser, gracieuse et gaie, faisant tournoyer ses rides et sa sensualité. A tes yeux elle n’a pas d’âge. Et tu voudrais qu’elle soit ta grand-mère. Tu vas même danser avec elle, auprès d’elle, pendant un moment, pour la connaître un peu, et partager quelque chose, un instant, un peu de magie. Puis tu te rassois, un peu honteux, gêné et déçu de ne pas avoir eu le courage de lui demander sa main pour un rock. Elle danse alors ainsi, toute seule, pendant de longues minutes, te propulsant au visage une grâce, une liberté et une insouciance qui ne colle d’habitude pas aux corps si abîmés. Cette femme est tout simplement une révélation. Et plus tu la regardes, plus ce rouge pénètre ton âme, tes veines et tes souvenirs. Il s’ancre.

 

Mais tu dois partir, il te faut rentrer.

Et alors que tu viens de te lever tu remarques dans sa main un petit morceau de coquille. Mais il est trop tard, ton retour est en marche. Tu aurais pu l’avoir si tu avais osé danser avec elle, si tu avais saisis sa main pour te laisser prendre dans l’ivresse du rock sang !

 

Mais il ne te reste que les souvenirs, que tu fais ressurgir de temps en temps, pour te rappeler ton voyage, pour rêver de nouveau et revoir ces images, pour souhaiter aussi vieillir comme elle : en rouge, en sensualité, en joie et en insouciance, dans un pays où il fait chaud, dans une ville bienveillante.