Morro do Pai Inacio

Le Sommet

Chapada Diamantina, BRESIL

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Le lendemain tu repars avec ces mêmes amies, vous poursuivez votre programme et votre voyage. En ce deuxième jour dans la nature vous faites une autre randonnée. La destination est cette fois bien plus lointaine, et vous savez que vous ne pourrez pas rentrer à pied et qu’il vous faudra faire de l’autostop. 

Vous voilà donc partis, à trois, sur les sentiers et chemins battus du Brésil, de nouveau sans carte, suivant votre instinct et les routes effacées. A la sortie du village vous croisez des manguiers. Des mangues sont affalées sur le sol, en pâmoison, laissant leurs effluves remonter jusqu’à toi et embaumer ce chemin d’une âpre et douce odeur d’ivresse. Tu en ramasses quelques unes, celles qui ne semblent pas gâtées, et tu les mets dans ton sac. Elles complèteront le pique-nique, bien trop léger pour la marche, que tu as prévu. Tu te sens tellement heureux d’avoir récupérer des mangues, ces fruits exotiques si sucrés, de la même façon qu’en France tu pourrais ramasser une pomme. Ici les mangues poussent sur les arbres, ici tu peux cueillir des mangues, les décrocher des arbres, et croquer dedans, fraîches et prématurées, fraiches et mûries. Ici tu peux même marcher sur des mangues, les gâcher, les jeter, car il y en a partout. C’est même ce qui te semble être le seul arbre fruitier.

 

Pendant la marche tu ne parles pas beaucoup : tu veux méditer. Tu veux profiter du calme et du silence, du bruit de la nature et de toutes les sensations qu’elle peut t’apporter. Tu essaies en effet de ne pas user que de ta vue, mais de forcer ton ouïe, ton odorat et ton toucher. Le soleil et sa chaleur t’apportent l’excuse pour te découvrir au maximum : te voilà alors les bras et le torse nus. Tu vas pouvoir sentir les arbres, sentir les plantes et les buissons sur ta peau. Tu veux faire de ce voyage une expérience totale. Et dès qu’il t’est possible de sentir le monde tu le fais : des plantes aromatiques, de l’eau naturelle, de la boue, des fruits qui macèrent au soleil, etc. Car tu sais que ces sensations n’existent que dans l’instant même, dans le présent déjà évanoui, et qu’à la seconde où tu cesses de les sentir elles disparaissent. Leurs souvenirs également. Et c’est autre chose que tu ne peux prendre en photo. C’est peut-être d’ailleurs pour cela que tu n’en prends pas beaucoup et que tu ne discutes pas : tu es bien trop occupé à récolter toutes les sensations. Aurais-tu préféré être seul ? Tu ne sais pas. Les filles qui marchent derrière toi ne te dérangent pas, elles ne t’empêchent pas de marcher à ton rythme et de sentir. Et à défaut de pouvoir avoir tes amis proches, tes vrais amis avec toi, elles t’apportent compagnie et amitié.

 

Tu commences à avoir soif, à avoir envie de fraîcheur et de froid. Mais dans ces vallées et montagnes l ‘eau ne se trouve pas aisément. Ta bouteille est encore bien remplie : tu sais qu’il faut économiser l’eau, mais tu voudrais pouvoir boire du frais jusqu’à n’en plus pouvoir. Toi qui n’apprécies pas forcément l’eau, la voilà être la seule boisson que tu désires à présent. L’eau c’est la vie, et tu t’en rends compte. Par chance vous tombez sur un point d’eau, une petite cascade qui se repose sous l’ombre d’un arbre. Vous vous arrêtez alors pour vous rafraîchir. Et tu souhaites tant boire cette eau ! Mais la couleur te pose problème : la flaque profonde dans laquelle elle repose est d’un rouge-orangé vif. La couleur est splendide, certes, mais pour de l’eau elle est terrifiante. Qu’y-a-t-il donc dans cette eau ? Pourquoi est-elle de cette couleur ? Est-elle empoisonnée par quelques produits toxiques ou chimiques qui se répandent dans cette partie du Brésil ? C’est fortement possible… Tu ne connais pas l’endroit, ni même le pays et ses pratiques scientifiques. Tu te méfies. Cependant toutes les eaux que tu as vues depuis ton arrivée dans ce parc naturel sont de cette couleur. Et tu sais que la terre est ici rouge. Tu fais rapidement le rapprochement et présume que l’eau est rouge de par les minéraux et les sels. Mais tu restes sur tes gardes : il serait bête de tomber malade, et ce quelques jours avant ton retour, alors que tu es dans l’endroit le plus fabuleux. Mais comme tu veux faire l’aventurier, l’explorateur, tu décides que tu vas goûter l’eau en premier, car ton instinct te dit qu’elle est potable, et tu l’as déjà bue, hier, dans la grotte. Elle n’a pas mauvaise odeur. Tu la goûtes. Elle n’a pas mauvais goût, bien que tu sentes qu’il est différent et prononcé. Tu décides alors de la filtrer avec du tissu, comme fait Bear Grylls, et comme tu sais qu’il faut faire. Vous remplissez donc vos deux bouteilles vides. Vous décidez cependant de ne la boire qu’en dernier recours, si vraiment vous mourrez de soif : on n’est jamais trop prudent. Vous vous aspergez la tête et les habits, cela fait toujours du bien, et vous reprenez la route, satisfaits d’avoir pu vous rafraîchir et d’avoir trouvé de l’eau ; il y aura potentiellement d’autres points comme celui-ci, sachant que vous n’êtes pas loin d’une rivière. 

Effectivement vous trouvez un second point d’eau, une autre petite cascade qui goutte petit à petit après avoir sillonné à travers la mousse et le lichen. Cette fois-ci tu bois l’eau sans hésiter : après la roche et le lichen, l’eau est forcément potable ! Tu n’es pas sûr à 100% mais tu as tellement soif d’eau naturelle, d’eau sortant de la roche, d’eau de source… Tu ne voudrais boire que de cette eau toute ta vie. Mais tu ne pourras plus boire d’eau comme cela, en rentrant, à la maison. Seule l’eau que tu bois à la source est assez bonne pour toi. Car en plus d’être si bonne elle représente une communion avec la nature, une idée de liberté et de tranquillité. Et c’est ce goût de liberté qui la rend si appréciable.

 

Vous continuez votre marche, il est presque 16h et vous avez encore un bon bout de chemin à parcourir avant d’arriver au sommet du Morro do Pai Inacio, où vous souhaitez vous rendre. Le soleil se couche vers les 18h et vous voulez l’observer depuis le haut. Vous arrivez sur une route goudronnée où passent des voitures. Le mont est après. Afin de gagner du temps vous décidez de faire du stop pour les quelques kilomètres qui vous restent à parcourir avant d’entamer l’ascension. Une voiture de femmes déjà remplie s’arrête. Vous vous entassez les uns sur les autres et arrivez à l’entrée du mont. Tu t’achètes un jus d'acérola bien frais : des fruits et du froid sont exactement ce qu’il te fallait. Tu le sirottes plus que tu ne le bois : tu veux en profiter le plus longtemps possible. 

Vous commencez l’ascension avec les quelques autres touristes encore présents. La vue est magnifique. Le soleil au loin baille. Comment décrire la vue ? La nature jusqu’à l’horizon, du vert, du marron, et toutes les nuances possibles entre. Toi tu es sur une espèce d’immense rocher, plat en son sommet, qui te permet de voir le monde tout autour, comme si tu étais au centre, sur l’axe de rotation, un immense socle, une immense estrade pour admirer le spectacle naturel de la Chapada Diamantina. Tu t’installes alors avec les deux allemandes, tu enlèves tes chaussures pour marcher pieds nus sur la roche, sur le monde et sur le Brésil. Et là encore tu communies avec la nature, par la voûte plantaire cette fois. Et c’est tout aussi bien. C’est même un peu plus rigolo : ça fait sauvage et insouciant, ça fait tranquille, ça fait enfant. 

Puis vous vous asseyez, face au soleil qui vient de mettre son pyjama. Vous sortez de vos sacs le pique-nique que vous n’avez pas encore mangé, et vous dégustez alors, au sommet du monde, au fin fond de la nature brésilienne, des mangues ramassées sur la terre, des olives et des petits gâteaux.