Tozeur

Tozeur, ou la ville sèche

Tozeur, TUNISIE

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Les Aventureurs

Traversée de la Tunisie en bus.

Tu pars de Tunis, la capitale, pour aller à Tozeur, une ville proche du désert ; une des plus chaudes. Et cette chaleur est celle qui t’envahit, au moment où tu poses le pied par terre, en sortant du bus. Elle te saisit à la gorge et assèche d’un seul coup ton eau corporelle. S’évapore-t-elle ? Presque. L’air est du sable chaud. La ville semble être de sable. Personne dans les rues, des bâtiments d’une couleur ocre clair, légèrement oranges et jaunes. Ils auraient pu être en pierre blanche pour contrebalancer la température. Mais non. Ils la renforcent. La ville affirme sa sècheresse. Et la ville est jolie, elle a un certain charme... Une sorte de ville arabe fantôme que tous les vivants fuient. Les maisons, les édifices sont construits de ces petites briques ocres, faites dans la région. Cela donne un côté ancien, manuel, authentique et artisanal. C’est beau. C’est original et unique. Tu es content d’être venu jusqu’ici. Il fait chaud mais tu penses pouvoir t’habituer. Ce n’est pas l’approche des 50°C qui va t’empêcher de marcher et de visiter. Il faut croire par contre qu’elle bloque les habitants. Comme ils en profitent ! Ils sont habitués pourtant, eux. Non ? Mais tu sais bien que cela ne donne pas envie de travailler ou de bouger, et que cela peut même être dangereux.

Après avoir posé vos affaires dans votre chambre d’hôtel - que vous avez trouvée une heure plus tôt, en utilisant la wifi du premier café ouvert que vous avez vu et dans lequel vous avez commandé deux limonades bien fraîches -, vous ressortez faire un tour de la ville. Même les trottoirs sont pavés de ces briques. Tout fait vraiment désert. Une vraie ville du désert et des pays chauds. Tu te demandes même si ces briques ne sont pas faites avec le sable du Sahara. Ce serait si poétique ! Et même si ce n’était pas le cas, ces briques respirent le sable et paraissent vouloir t’en lancer au visage, comme lors d’une tempête. Une tempête de briques de sables, de bâtiments figés aux portes closes. Il y en a peu d’ailleurs, de portes, comme si les bâtiments n’étaient là que pour te faire croire à une présence humaine. Tu t’empêches de boire pour vivre la soif et l’assèchement. Tu ne pourras plus vivre ça. Et c’est à faire ! c’est à sentir ! J’ai connu la soif et la chaleur, la vraie.

L’air vacille au dessus du goudron prêt à prendre feu. Que mangent les gens qui vivent ici ? Ils ne peuvent rien planter… rien ne pousse sous cette chaleur incroyable ! Quelle triste vie. Ni fruits, ni légumes verts. Que de la viande et des aliments secs. Tu es persuadé que cela influence le caractère. Change-t-il le tien ? Tu n’as pas l’impression. Tu es tellement heureux de pouvoir connaître ces sensations ! La chaleur, la beauté, la sècheresse te font voir des trésors à chaque fenêtre et derrière chaque porte. De magnifiques mirages que tu voudrais saisir et ouvrir.

 

En vous éloignant de la ville vous tombez sur un panneau indiquant une palmeraie. L’évocation de quelque chose de vert te plait forcément, et t’intrigue. Depuis que tu es arrivé tout n’a été que déclinaison de jaune et d’orange. Sans mentir.

Tu entres dans la palmeraie, à l’ombre, sous les grands arbres verts. Comment l’endroit peut-il être aussi humide ? Est-ce pour cela que la ville est si sèche ? La palmeraie fait-elle office de monstre qui ne cesse de boire, exactement comme dans Kirikou ? Et tu pénètres en son estomac. Des arbres à fruits de la passion ! Ton excitation est à son maximum. Toi qui adores les fruits, toi qui adores l’exotisme et la nature te voici en mesure de cueillir un fruit de la passion. De le cueillir ! Qui a fait ça à Paris ? Tu t’enorgueillis intérieurement en décrochant le fruit de l’arbre.

Il n’est pas mûr.

Il n’est pas très bon.

Mais tu le manges quand même : il ne faut pas se ridiculiser après tant de fierté et d’orgueil !

 

Tu sortiras de la palmeraie en suivant un chien sauvage…

 

Vous pénétrez ensuite dans la Medina, la partie la plus ancienne de la ville, et soi-disant la plus pauvre. Pourtant c’est l’endroit le plus beau ! Des ruelles minces, presque anorexiques, emmurées, des passages couverts en ogives, un vrai labyrinthe dans lequel tu adores te perdre. Tout est en brique, encore, et pourtant il y fait plus frais : c’est parce que les murs sont hauts et les chemins étroits. Bien qu’il n’y ait personne ici non plus, ce quartier semble plus animé, plus vivant. Tu sais que les gens sont tapis à l’intérieur, attendant que l’heure sèche s’évanouisse, dormant, buvant peut-être. L’architecture arabe est vraiment splendide. Tu te régales des écritures que tu trouves, sur les murs, gravées ou en relief.

En sortant un jeune homme vous propose un thé à la menthe que vous buvez avec plaisir, malgré la chaleur encore présente.

Enfin !

Enfin ce thé à la menthe du désert que tu enviais tant !